Enfants et auteurs : la nécessité de l’élargissement du périmètre dans la lutte contre les violences intrafamiliales

A l’heure de la présentation du rapport parlementaire rendu par Emilie Chandler et Dominique Vérien, ainsi que des annonces du Garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, le Groupe d’Études sur les violences intra-familiales continue son travail d’audition.

Les recommandations formulées par le rapport à destination de la politique du gouvernement ne concernent encore que trop les formations des professionnels de santé et de sécurité en adressant également des propositions qui existent, pour certaines, déjà dans plusieurs tribunaux. Si la réponse judiciaire aux violences intra-familiales est une priorité de la lutte, elle doit être affiliée à des innovations, suivant les orientations données par le Groupe d’Études que j’ai l’honneur de présider : « PREVENIR, DETECTER, ACCOMPAGNER ».

En ma qualité de présidente, j’ai donc animé une réunion ce mardi 23 mai, dans le cadre de l’audition du Comité National des Violences Intra-Familiales (CNVIF). L’expertise d’acteurs de terrain a été bénéfique à nos réflexions afin de comprendre quels sont les axes à privilégier dans la lutte contre ces phénomènes. La délégation du CNVIF a éclairé nos discussions avec des recommandations et des propositions en matière de prévention, de détection et d’accompagnement des victimes.

Nos conclusions sont claires : les violences intra-familiales sont un enjeu de société qui ne peut être traité sous le seul prisme de la victime. Encore trop souvent, ce sujet est légitimement focalisé sur les femmes, peu sur les hommes, mais il est temps d’élargir le champ d’action vers les auteurs et les co-victimes, le plus généralement les enfants.

Nous constatons en effet avec effroi l’explosion du nombre d’agressions à la faveur de la période du confinement. Le CNVIF a régulièrement alerté sur la situation des victimes comme des auteurs et préconise une réponse multiaxiale. Pour que ma présidence soit active et que nos recommandations soient pertinentes, il devient donc urgent d’associer ces acteurs aux piliers développés par notre Groupe d’Études dans la lutte contre les violences intra-familiales.

Nous remarquons à ce stade que les agresseurs, mais également leur entourage, sont encore trop délaissés par les politiques publiques. Nous déplorons le manque d’institution capable d’associer leur prise en charge avec sécurité et prévention. Pourtant, il s’agit de l’appréhension des situations de passage à l’acte qui permettent d’éviter les drames.

Nous souhaitons également souligner l’importance de l’intégration des enfants dans les politiques de lutte contre les violences intra-familiales. Il est intolérable qu’un enfant découvre le corps inanimé de sa mère. Les séquelles psychologiques sont irréversibles, les études sont unanimes sur la question et nous devons protéger ces futurs parents d’un tel traumatisme. Par ailleurs, les violences intra-familiales concernent aussi la maltraitance physique, et nous saisissons la nécessité de construire des outils permettant la détection des menaces et des signaux de violence. Ces politiques de lutte, intégrant le regard et l’implication des enfants, pourront servir à les protéger. Ils ne doivent plus être vus comme des témoins et des victimes indirectes mais des victimes à part entière de ces situations d’extrême gravité.

L’état des lieux que nous avons dressé nous presse à prendre des décisions efficaces et adaptées à chaque situation. Ces solutions sont complexes, mais grâce à l’expertise de personnalités actives au plus proche de ces situations, nous pouvons affirmer qu’elles doivent consister à prévenir les situations de violences, détecter les victimes comme les auteurs et les accompagner.

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